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mardi 9 novembre 2021

Ma classe flexible: OUI, mais pas mobile !

 

Dans le cadre de l'une de nos formations sur le thème, nous avons eu la chance de faire vivre à nos stagiaires un temps de visioconférence avec deux enseignants-formateurs belges, passionnés de la classe flexible: Christophe Vanderroost et Sandrine Couteaux. 

Cette conférence a eu lieu en octobre 2021, puis a été reproduite en octobre 2022.

Dans cet article, nous reprenons leurs principaux conseils et messages, tous précieux et enthousiasmants!

MESSAGE 1 pour se lancer: Lâcher prise!

MESSAGE 2: Partir de la question  

"Pourquoi ai-je besoin de mettre en place de la flexibilité dans ma classe?"

    Penser pédagogie et non décoration de classe en mode "Pinterest".

MESSAGE 3: Se donner du temps...


Ceci étant maintenant posé, voici leurs conseils  pour démarrer votre classe flexible:

 

Une définition de la classe flexible:

La classe flexible est un LIEU où l'on pense les valeurs, l'apprentissage, la personnalisation, la gestion de classe... L'idée est de mettre en place le lieu dans lequel les élèves vont pouvoir apprendre dans une ambiance accueillante, agréable et bienveillante, en phase avec les enfants du 21ème siècle. Cette classe est possible avec peu de moyens. Compter sur les parents, la récupération, le recyclage...  ne visons pas la jolie classe comme on peut en voir sur les réseaux sociaux.

Dans la classe flexible, l'enseignement est flexible, l'environnement est flexible, l'enseignant est flexible!

Les piliers de l'enseignement flexible: La différenciation, la bienveillance envers soi et les autres, le respect (des besoins, du rythme, du matériel, de l'organisation) et la coopération. Ces valeurs doivent être acceptées par tous.

 

La classe flexible, un concept de plus en plus en vogue

Classe de Sandrine 

 

Sandrine et Christophe vous proposent de démarrer votre réflexion à partir de l'un de ces trois points de vue:

1- De repenser votre place et votre rôle dans cette classe

 On n'y bannit pas le frontal car il a toute  sa place... mais pas que...

2- De repenser la place et le rôle de vos élèves dans cette classe

3- De repenser l'espace et le temps

Si vous choisissez de développer l'autonomie de vos élèves (approche du point de vue de l'élève), ce travail aura un impact sur les deux autres axes (sur l'espace et le temps, sur votre propre place).

Si vous voulez mettre en place une table auto-corrective dans votre classe...vous n'avez qu'à trouver une table et placer les ressources utiles en proximité...Dans ce cas, la présence de cette nouvelle table modifiera vos pratiques et votre rôle. Elle modifiera également le rôle de vos élèves qui se montreront acteurs et impliqués à cette table avec vous alors que les autres devront faire preuve d'autonomie et de responsabilité. Vous développerez alors un climat de confiance au sein de votre classe.

 

Il sera alors important de débattre avec vos élèves sur l'intérêt de ces choix/expérimentations...(par exemple, faire verbaliser par les élèves pour clarifier l’intérêt de mettre en œuvre une table auto-corrective assurera l'adhésion du plus grand nombre et permettra d'en valider les règles de fonctionnement). 


Quelques grands principes relatifs à l'espace d'une classe flexible:

Il y a différents espaces d'apprentissage,

Les enfants varient les positions de travail et d'assises,

Ils n'ont plus de place fixe (espace de rangement à prévoir autrement),

L'organisation du matériel est importante,

L'enseignant pourrait ne plus avoir de bureau,

Les cartables sont rangés dans le couloir autant que possible,

Les chaussures d'intérieurs sont recommandées,

Avant de vous lancer, faites du tri et du rangement. 

Faites un plan et vérifiez que c'est possible avant de tout déménager. 


Deux espaces principaux:

1-L'espace regroupement :

L'espace le plus important, celui où toute la classe se retrouve. Souvent il s'agit de tables en U avec en plus un tapis central pour y placer le reste des élèves.

Il est destiné aux activités plus magistrales, frontales, où les interactions entre les élèves ne sont pas nécessaires:

  •     Pour donner des consignes de travail avant les activités de sous-groupes,
  •     Pour des activités où l'on aura plaisir à être ensemble (chants, histoires...),
  •     Pour le conseil de coopération/ de classe, 
  •     Les rituels,
  •     Les moments de métacognition
  •     Les activités d'apprentissage de type socio-constructivisme (en sciences par exemple...) 

Penser pour les plus grands à un moyen de leur permettre d'écrire tous à ces moment collectifs (tablettes, Ztools...?).

 

2- Organisation par demi-classe :

Il est le plus souvent prévu avec des tables en U (mais attention car dans les classes de débuts d'apprentissages il est préférable de placer des tables face au tableau). C'est le lieu de tous les apprentissages:

  •     Classe de niveaux
  •     Groupes de besoins, de niveau

 

Les autres espaces:

3-L'espace de remédiation ou de travail en groupe très restreint avec l'enseignant. Espace plus cosy pour être dans un petit cocon avec les élèves (la table de remédiation proposée plus haut).

4-Les ilots des travaux de groupes (qui peuvent aussi constituer l'espace de remédiation si besoin). 

5-Les espaces d'autonomie et de petites bulles. Ne jamais sauter l'étape du travail individuel avant de les faire travailler en coopération, puis en collectif. On ne coopère pas dans cet espace, on travaille dans sa bulle, avec des casques ou des isoloirs si besoin. Souvent face à un mur ou à une fenêtre. On peut opter pour l'obligation d'utiliser le casque par tous les élèves durant ces moments (choix fait parfois en collège).

  •     Plan de travail individuel
  •     Temps de réinvestissement
  •     Évaluations
  •     Une tâche à réaliser dans sa bulle


Quels choix faire pour les assises?

L'idéal serait d'essayer d'acquérir toutes vos assises en une seule fois. Cela permettra d'éviter des disputes entre vos élèves qui vont tous vouloir tester toutes ces nouveautés. 

💡💡Prévoyez une fois et demi plus d'assises que d'élèves. Donc si vous avez 28 élèves, prévoir 42 assises. Cela permet d'éviter les tours et la gestion des rotations. Nous comptons dans ces assises les chaises classiques et coussins divers.


Saviez-vous qu'ils existe deux types d'assises? Les assises stimulantes et les assises calmantes conviennent aux personnalités et besoins variés de vos élèves.

Assises calmantes: canapé, poufs, fauteuils, coussins, tapis, un banc de prières, Z Tool... Ce sont des assises qui ne bougent pas. 

💡💡Deux règles à respecter: 

  • Les pieds ne pendent jamais dans le vide, 
  • trois fois 90° (dos droit, genoux et pieds qui forment un angle droit,...cela limite les mouvements).

Assises stimulantes: Élastiques sur les chaises, ballons, vélos pupitres, planches d'équilibre, galettes picot sur des tabourets (avec des barreaux pour les pieds)

Plus les enfants sont grands plus vous allez pouvoir monter les assises.


Pensez enfin l'organisation du matériel:

Pensez des armoires, des casiers tiroirs, des étagères, des casiers à chaussures...Les élèves doivent pouvoir aller chercher librement leur matériel et savoir parfaitement où trouver chaque chose. Impliquez-les, là encore, dans cette organisation. Les élèves sont parfois très ingénieux pour solutionner certains questionnements.


Ressources:

Reportage: La classe flexible made in Belgium

La classe flexible de madame Sandrine 

 Enseigner en classe flexible cycles 2 et 3, éd° Retz

La classe flexible je me lance, cycle 1, 2, 3 et secondaire, éd° De boeck

Les centres de littératie,

Les centres de mathématique

mardi 30 octobre 2018

Les émotions et l'intelligence émotionnelle: quelle place dans la salle de classe?




Et si nous vous demandions de citer les compétences indispensables que vos élèves doivent développer en classe...
Pourriez-vous lister ce qui est, selon vous, le plus important ? 

Les connaissances et compétences disciplinaires ? 
Les compétences psychosociales telles que la persévérance, l’écoute, l’autonomie, la maîtrise de soi, la capacité à coopérer avec d'autres élèves... ?

Ces dernières constituent l'intelligence émotionnelle décrite par le psychologue Daniel Goleman mais également par Marshall Rosenberg en "Communication Non Violente"; par Jane Nelsen et Lynn Lottla en "Discipline Positive" et bien évidemment par des neuroscientifiques spécialistes en neurosciences affectives et sociales comme Antonio Damasio ou Catherine Gueguen.


L’être humain est constamment animé par des émotions. Ce terme trouve ses origines dans le latin emovere qui signifie « mettre en mouvement ». Une émotion est un ressenti physique et physiologique plus ou moins bref le plus souvent créé par un stimulus environnemental.

Le journaliste et psychologue Daniel Goleman définit l'intelligence émotionnelle comme la capacité à identifier et à gérer nos propres émotions et celles des autres. Il fait référence à de nombreuses recherches menées pour évaluer l'impact d'une intelligence émotionnelle développée, sur la réussite scolaire et professionnelle. Tous les résultats tendent vers une corrélation entre les deux éléments. Les enfants capables de gérer leurs émotions seront les adultes les mieux armés pour affronter la vie (pour en savoir vous pouvez lire son ouvrage référencé plus bas).

Les neurosciences nous éclairent sur l’incidence physiologique de l'empathie sur les apprentissages. 

Antonio Damasio est le premier neuroscientifique à avoir décrit le rôle des émotions dans le développement de la personne. Catherine Gueguen, pédiatre et experte en neurosciences affectives et sociales affirme également le rôle fondamental d’un comportement bienveillant à l’école pour un développement de l’enfant et du jeune adulte. En effet, apprendre dans un climat serein et empathique permet la sécrétion d'une hormone, l'ocytocine. Cette hormone génère du bien-être et développe chez l'individu sa capacité à faire preuve à son tour d'empathie. Rappelons ainsi le rôle capital du cortex orbito-frontal qui nous permet de réguler nos émotions et de faire des choix. Catherine Gueguen explique que le cerveau du jeune enfant n’est pas assez mature pour réguler ses émotions, il n’est pas capricieux mais incapable de se contrôler (nous savons même aujourd’hui que le cerveau termine sa maturation dans la troisième décade de la vie). Évoluer donc dans un climat bienveillant contribue à développer chez l’enfant des zones fondamentales du cerveau. Comme l’explique Michael MEANEY (chercheur canadien) le maternage (rassurer, consoler) favorise le développement de l’hippocampe, centre des apprentissages. L’ocytocine provoque également la sécrétion de molécules telles que la dopamine, la sérotonine et les endorphines. Une production équilibrée de ces molécules agit positivement sur la motivation, le bien-être et la stabilité de l’humeur. A l'inverse, dans un cadre stressant, le corps secrète une hormone surrénale appelée le cortisol qui est capable de bloquer les apprentissages et peut aller jusqu'à détériorer certaines zones de l’hippocampe (dans le cas du jeune enfant).


Déjà dans les années 1960, Alfred Adler affirmait le caractère primordial de l'empathie dans les relations aux autres. Nous savons aujourd’hui que les « neurones miroirs » interviennent dans le développement des aptitudes émotionnelles du jeune enfant. Un enfant qui reçoit et perçoit  de l’empathie développera lui-même de réelles capacités à comprendre et accepter l’autre. L'enseignant de maternelle comme de collège ou de lycée peut donc jouer un rôle dans le développement affectif de l’enfant. Il doit tenter de rejoindre ses préoccupations qui, il faut bien le reconnaître, ne sont bien souvent pas les mêmes. Là où la réussite scolaire prime pour l'enseignant, l'appartenance à un groupe d'amis et la responsabilisation se placent souvent au premier plan pour les adolescents. Accepter ce fait et le prendre en compte peut contribuer à permettre l’engagement des élèves et le développement de comportements coopératifs dans le cadre des apprentissages. 


Ceci nous conforte donc aujourd’hui dans la nécessité d’adopter  une posture rassurante et empathique auprès des enfants et des adolescents. Elles nous rappellent la primauté de la relation à l’élève comme levier d’engagement dans les apprentissages. Elles nous invitent enfin à contribuer au développement de l'intelligence émotionnelle des élèves par l'explicitation et les mises en situations concrètes d'interactions.


Je remercie vivement mon collègue enseignant et formateur Jean-Philippe Abgrall @abgralljp pour ses bons conseils et sa collaboration à l'écriture de cet article! Je reste également très intéressée pour recevoir vos commentaires constructifs et apprendre toujours et encore!

Cet article fera prochainement partie du troisième numéro de notre production collaborative et critique réalisée à l'ISFEC Bretagne  et intitulée "ATOUTSPROFS". La thématique choisie par notre équipe sera cette fois "Les neurosciences".


Pour aller plus loin et trouver quelques pistes concrètes de mises en œuvre en classe, voici d'autres articles:


Références:

C. Gueguen : « Pour une enfance heureuse » Editions Robert Lafond, 2014
Daniel Goleman "L'intelligence émotionnelle, l'intégrale" J'ai Lu, 2014.
Jane Nelsen, Lynn Lott et Stephen Glenn "La discipline positive en classe", éditions du Toucan, 2018.
Marshall B. Rosenberg "La communication non violente au quotidien", Jouvence Editions, 2017
 





vendredi 11 mai 2018

Cinq clés pour développer l'intelligence émotionnelle au collège et au lycée


Et si je vous demandais ce que vos élèves doivent apprendre en classe...
Pourriez-vous lister ce qui est, selon vous, le plus important?

Réagiriez-vous comme la majorité des enseignants que je rencontre lors de mes formations?

Ceux-ci répondent que la connaissance disciplinaire est fondamentale mais que pour s'épanouir scolairement puis professionnellement, les élèves doivent apprendre à être tenaces, persévérants, maîtres d'eux-mêmes, à l'écoute, autonomes, coopératifs...


Ces compétences dites transversales constituent l'Intelligence Émotionnelle décrite par Daniel Goleman. Mais elles sont également considérées par d'autres courants tels que celui de la "Communication Non Violente" de Marshall Rosenberg, ou la "Discipline Positive" de Jane Nelsen et Lynn Lott. 

L'enjeu est en effet de  prendre conscience qu'un élève ayant une intelligence émotionnelle développée sera plus armé pour évoluer dans sa vie professionnelle comme dans sa vie privée. 

 

Qu'est-ce que l'intelligence émotionnelle?

Selon Daniel Goleman, l'Intelligence Émotionnelle correspond à:
- la capacité d'un individu à se connaître lui-même et à maîtriser ses émotions,
- la capacité d'un individu à comprendre les autres et à communiquer de manière respectueuse et constructive.

Ce concept implique donc une maîtrise de multiples compétences émotionnelles indispensables à chacun pour s'épanouir dans un monde social.

Bien souvent, les élèves en difficultés démontrent de très faibles capacités à gérer leurs propres émotions et à accepter celles des autres. Ceci les freine dans leur envie d'apprendre et de progresser. Les aider à développer ces nouvelles compétences émotionnelles constitue donc comme un levier concret de progrès scolaires et de réussite professionnelle.

Les 7 compétences essentielles à développer, selon Jane Nelsen:
  1. Je me sens capable,
  2. Je suis utile,
  3. Je fais des choix,
  4. Je fais preuve d’autodiscipline et de maîtrise,
  5. Je peux travailler respectueusement avec les autres,
  6. Je comprends de quelle façon mon attitude affecte les autres,
  7. Je suis capable de jugement et de réflexion.

 
Nous gageons donc qu'un travail quotidien, en classe, autour de ces 7 compétences contribue à développer l'intelligence émotionnelle des élèves et donc leur réussite. 


 Les comportements inappropriés sont les conséquences d'un besoin inassouvi d'appartenance et de compter 

 

La psychologie positive explique que tout conflit ou comportement inapproprié en classe ou sur la cour provient d'un besoin inassouvi, en particulier le besoin d'appartenance et de compter, très présent chez l'adolescent. 

La métaphore de l'iceberg illustre cet élément fondamental: la partie émergée est le comportement, tandis que la partie immergée correspond aux besoins du jeune.

Exemple de pensées d'adolescents: "Je suis nul en maths, je ne compte pas pour le professeur, je vais lui montrer que je m'en fiche et que le plus important pour moi ce sont mes camarades."

A l'inverse, un élève en difficultés mais qui sentira qu'il compte pour ses enseignants et ses camarades, trouvera le chemin vers un comportement plus adapté.  Il s'agit donc dans cet article de réfléchir aux moyens de développer la motivation intrinsèque des jeunes (partie immergée de l'iceberg), plutôt que la motivation extrinsèque (par des récompenses ou des sanctions) qui tend à limiter la responsabilisation et l'autonomie du jeune.

Alfred Adler va plus loin et explique qu'un élève qui n'a pas sa place en classe peut agir de quatre manières différentes (il a "4 buts cachés"):
-accaparer l'attention,
-prendre le pouvoir,
-prendre un revanche,
-confirmer sa croyance d'incapacité (ne pas travailler) .

Il est donc très utile, entant qu'enseignant de tenter d'identifier le "but" de l'élève afin de réagir au mieux dans son intérêt.


 Les cinq clés pour développer l'Intelligence émotionnelle de vos élèves:

 

1- "Se connecter" au jeune

 "Voir avec les yeux de l'autre, écouter avec l'oreille de l'autre, ressentir avec le cœur de l'autre. Pour l'instant voici une définition qui me semble acceptable pour ce que nous désignons sous le terme de sentiment social." Alfred Adler
Déjà dans les années 1960 Alfred Adler affirmait le caractère primordial de l'empathie dans les relations aux autres. L'enseignant doit tenter de rejoindre les préoccupations de ses élèves qui, il faut bien le reconnaître, ne placent souvent pas leurs priorités aux mêmes niveaux que les siennes. Là où la réussite scolaire prime pour l'enseignant, l'appartenance à un groupe d'amis se place souvent au premier plan pour les adolescents. Cet élément est à prendre en compte et devrait pouvoir constituer un levier pour le travail en équipe en classe et le développement de comportements coopératifs dans le cadre des apprentissages. 

Un enseignant "connecté" à ses élèves a donc le souci de les comprendre, de se mettre à leur place et de leur montrer qu'il se soucie d'eux. Nous pensons trop souvent que le jeune, pour évoluer de manière autonome, doit au contraire apprendre à travailler sans attendre les encouragements de ses professeurs. 



C'est ce que nous répondons à un élève qui se plaint qu'un enseignant "ne l'aime pas": "Travaille pour toi, tu en rencontreras d'autres des enseignants qui ne te considèrent pas, alors ne t'en soucie pas et apprends, quoi qu'il arrive." Si ce conseil peut sembler cohérent dans le souci de rendre l'élève autonome et indépendant, il faut savoir qu'il n'est tout simplement pas efficace pour la majorité des élèves. Il est en effet difficile pour un jeune de puiser en lui-même cette motivation intrinsèque nécessaire à surpasser ses obstacles d'apprentissages sans l'étayage et les encouragements de son enseignant.

D'autre part, plusieurs recherches sur l'empathie menées aux États-Unis ont montré que lorsque des enseignants témoignent très majoritairement qu'ils se soucient de leurs élèves, la plupart de ces derniers affirment ne pas ressentir cette empathie de la part de leurs professeurs. Considérons donc qu'un jeune, adolescent, est un être en construction qui a besoin des encouragements empathiques clairs et explicites de ses professeurs pour se construire, pour gagner en estime de lui-même et pour progresser. Les neurosciences nous éclairent sur le caractère physiologique de l'empathie sur les apprentissages. En effet, apprendre dans un climat serein et empathique permet la sécrétion d'une hormone, l'ocytocine. Cette hormone génère du bien-être et développe chez l'individu sa capacité à faire preuve à son tour d'empathie. Évoluer donc dans un climat serein contribue à développer des compétences sociales et donc l'intelligence émotionnelle. A l'inverse, dans un cadre stressant, le jeune va secréter une hormone surrénale appelée le Cortisol qui est capable de bloquer les apprentissages et peut aller jusqu'à détruire certains neurones.
Faire preuve d'une attention soutenue aux élèves contribue donc au développement de leurs compétences sociales par l'expérimentation d'un climat d'encouragement bienveillant.

Comment?
Voici quelques exemples: encourager les élèves, les impliquer dans tout processus de décision, ajuster le ton de notre voix, écouter "activement" en regardant l'élève et en lui montrant que nous sommes disponible pour lui, avoir recours à l'humour, accueillir ses émotions, questionner les élèves sur leurs ressentis et leurs difficultés, être curieux de mieux les connaître, considérer les talents de chacun, solliciter leur aide, rechercher une solution aux problèmes plutôt que les causes (voir point n°4), se centrer sur la progression plutôt que la perfection...


2- Développer les compétences communicationnelles (exprimer ses émotions et écouter celles des autres)
Les jeunes ont parfois du mal à exprimer ce qu'ils ressentent. Pourtant, accueillir les émotions en classe a deux effets positifs sur le climat de classe. Cela apaise l'élève qui a eu la possibilité d'exprimer une émotion négative et l'aide à mieux entrer ensuite dans les apprentissages. Cela développe l'empathie au sein du groupe classe puisque chacun a la possibilité de se rendre compte des émotions éprouvées par les autres. Il s'agit donc bien de s'écouter et de se connaître tout autant que d'écouter les autres et mieux les comprendre.

Dans un précédent article intitulé 5 astuces pour accueillir les émotions des élèves je détaille quelques mises en œuvre possibles. Vous y trouverez quelques pistes adaptées à tous les publics, premier comme second degré, et vous invite donc à le parcourir.

Accueillir et écouter les émotions peut s'entraîner durant des temps de vie de classe. Par de petites situations rapides durant lesquelles, par exemple, vous allez demander à un élève de parler devant la classe de ce qu'il aime faire alors qu'un autre va agir comme s'il ne l'écoutait pas. Faire verbaliser les élèves sur leur ressenti permettra de mettre en lumière les règles d'une écoute sincère et active: regarder la personne, hocher la tête pour l'assurer que l'on écoute, questionner, ne pas interrompre...

Autres règles à partager avec les élèves afin qu'ils s'expriment de manière respectueuse avec les adultes tout comme avec leurs camarades, notamment en situation de conflit:
-Utiliser le "je" et non le "tu",
-Utiliser un vocabulaire des émotions (un tableau pourrait être affiché) ,
-Être le plus précis possible.
Exemple: "Quand ...., je me suis senti... parce que...."
Si vous souhaitez approfondir cet aspect, des pistes sont à trouver dans la Communication Non Violente où l'on prône l'expression de nos propres sentiments et besoins, l'écoute sans jugement et le souci permanent de bienveillance à autrui.


3- Présenter les "4 buts cachés" aux élèves

Alferd Adler puis Jane Nelsen ont réalisé des recherches sur ce qu'ils appellent les 4 buts d'un élève dont le comportement n'est pas approprié.
Comme précisé plus haut dans cet article, ce comportement déviant s'explique par des motivations variées et classées sous quatre catégories. 





En effet, les chercheurs expliquent que l'élève "perturbateur" va chercher à:
-accaparer l'attention
-prendre le pouvoir
-prendre une revanche
-confirmer sa croyance d'incapacité (ne pas travailler et se faire oublier)

Au delà du fait qu'il est intéressant pour un enseignant de connaître ces "4 buts cachés" afin d'adapter son attitude aux besoins spécifiques du jeune, les faire connaître aux élèves doit leur permettre de développer de meilleurs compétences communicationnelles.

Voici un exemple de tableau élaboré par des élèves de primaire dans le but d'améliorer le climat de classe:
Source: "La discipline positive en classe"p107
Certes quelques idées sont à adapter pour le collège ou le lycée, mais je tenais à vous partager cet exemple inspirant dans la mesure où il illustre bien la volonté de l'enseignant de développer l'intelligence émotionnelle de ses élèves et surtout de les responsabiliser en leur apprenant que le comportement inapproprié d'un élève peut être l'affaire de tous. L'enseignant valorise ainsi la coopération et le collectif au service de l'individu.


4- La recherche collective de solutions
Selon Jane Nelsen, toute solution à une situation de conflit ou de comportement inapproprié doit comporter les quatre caractéristiques suivantes. 
Elle doit être:
-Reliée à la situation,
-Raisonnable,
-Respectueuse de l' (des) élève(s) concerné(s),
-Aidante pour  l' (des) élève(s) concerné(s).

Partant de cette base, il est utile d'encourager les élèves, durant des temps de vie de classe à rechercher par eux-mêmes des solutions aux problèmes vécus. Se centrer sur les solutions est le gage de permettre à l'élève concerné d'apprendre de son erreur. Que pourrions-nous trouver comme solution pour que cela ne se reproduise plus? Pour que nous ne fassions plus la même erreur?

Exemple du retard en classe. Quelles seraient les solutions à proposer à X pour qu'il arrive à l'heure en cours?

Passer par une première phase de Brainstorming durant laquelle toutes les idées sont écrites au tableau et faire confiance au groupe pour ensuite éliminer les idées farfelues ou celles qui ne correspondent pas aux quatre critères décrits plus haut.
Questionner ensuite les élèves sur le choix de la meilleure solution pour la classe, pour soi-même, pour l'élève concerné.

Permettre aux jeunes de vivre ces temps d'échanges et de résolution de problèmes va développer chez eux une certaine capacité à s'auto-réguler. Ils vont gagner en autonomie et en responsabilité tout en développant de nouvelles compétences sociales et civiques.


5-La pédagogie coopérative
Dans l'article intitulé Développer la coopération au Lycée. Pourquoi? Comment? vous trouverez quelques précisions sur ce sujet.
Autre article: Coopérer au collège et au lycée, quel intérêt?
N'hésitez pas également à parcourir les pages plus spécifiquement dédiées au premier degré car ne nombreux liens sont à faire tant l'enjeu de la coopération est transversal.
Bonne lecture!



Références:
-Jane Nelsen, Lynn Lott et Stephen Glenn "La discipline positive en classe", éditions du Toucan, 2018.
-Daniel Goleman "L'intelligence émotionnelle, l'intégrale" J'ai Lu, 2014.
-Marshall B. Rosenberg "La communication non violente au quotidien", Jouvence Editions, 2017