Affichage des articles dont le libellé est compétences de demain. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est compétences de demain. Afficher tous les articles

mercredi 20 février 2019

Coopérer au collège et lycée, quel intérêt?




Pourquoi, dans un système bien rodé où les résultats au bac sont satisfaisants, devrais-je modifier mes pratiques pour plus d'interactions et de coopération entre mes élèves?
Pourquoi imposer ces dispositifs à des élèves qui préfèrent rester tranquillement installés face à leurs enseignants? 
Pourquoi prendre du temps pour travailler en groupes avec la pression des programmes et de l'examen final?

Il peut sembler légitime qu'un certain nombre d'enseignants du collège et du lycée se posent ces questions.   


Tout d'abord, mettons-nous d'accord sur le concept. Coopérer en classe est à considérer ici dans son ensemble. Il s'agit donc de toutes les situations de classe durant lesquelles les élèves sont en interactions: toutes les situations d'entraide, d'aide, de tutorat et de travail de groupes.

Pour commencer, voici une petite vidéo synthétique de Nicolas VOS qui nous éclaire sur quelques pistes de réponses:

 Voici présentée sous forme de carte mentale (réalisée avec XMind), une analyse qui ne se veut pas exhaustive. L'idée est de partager un regard critique et passionné sur ces pratiques et de présenter de manière claire le large spectre de leurs impacts positifs sur les élèves comme sur les enseignants. Ce regard m'amène donc à relier les apports de la recherche au terrain, à me positionner dans cette interface bouillonnante dans laquelle nous sommes nombreux à nous questionner pour tenter de répondre aux questionnements actuels et justifiés des enseignants.
Pour visionner et  télécharger la carte, cliquez ici!

 

1- Du côté des élèves... 

Deux objectifs en classe: les élèves coopèrent pour apprendre ET AUSSI pour apprendre à coopérer.

 - La coopération en classe permet de mieux apprendre.

 Sylvain Connac, enseignant-chercheur en Sciences de l'éducation à l'Université Paul Valéry de Montpellier, explique que
" c'est à plusieurs que l'on apprend tout seul".

La pédagogie coopérative n'est pas nouvelle et existe depuis de nombreuses années à travers la pédagogie Freinet, la classe mutuelle, la pédagogie active, la pédagogie de projet... Les neurosciences affectives et cognitives confortent aujourd'hui un savoir empirique et expérientiel. Stanislas Dehaene  a ainsi identifié quatre piliers de l'apprentissage: l'attention, l'engagement actif, la rétroaction et la consolidation (pardon pour ce raccourci vraiment extrême). Apprendre en coopération est un levier (parmi d'autres) pour varier les dispositifs pédagogiques et aider ainsi les élèves à mieux gérer leur attention. De même l'engagement actif peut être atteint grâce aux interactions entre élèves. Les rétroactions sont facilitées par l'entraide et la coévaluation. Enfin, les temps de consolidation des apprentissages permettant une assimilation à long terme de nouvelles connaissances et compétences peuvent être plus efficaces en situation d'entraide et de tutorat. Coopérer en classe permet donc de rendre les élèves actifs, engagés et apprenants.

Des courants issus de la psychologie positive (Mihaly Csikszentmihalyi) et des neurosciences affectives (Catherine Gueguen) prennent également comme point d'appui l'affect dans les apprentissages. Les travaux d'Antonio Damasio, médecin, professeur en neurologie, neurosciences et psychologie, et sa théorie des marqueurs somatiques, ont démontré que les émotions sont impliquées dans la prise de décision. Nous savons aujourd'hui qu'un élève éprouvant des difficultés psychologiques et ou du stress, n'est pas capable d'apprendre correctement. Alors son système limbique est inhibé et incapable de transmettre au cortex pré-frontal les messages nécessaires à une prise de décision et une réflexion. On sait également aujourd'hui que l'hippocampe, centre des apprentissages du cerveau humain, peut être altéré voire atrophié suite à un choc émotionnel. Coopérer en classe permet donc de développer un climat plus serein et participatif dans lequel les jeunes se retrouvent entre pairs pour échanger, apprendre, réfléchir, construire leurs savoirs; sous le regard attentif et empathique de l'enseignant.

Pour illustrer les apports de la recherche sur la qualité des apprentissages voici une vidéo de Synlab:


-La coopération en classe permet de développer des compétences psychosociales

Toutes les situations de coopération en classe, qu'il s'agisse de l'entraide, du tutorat ou des travaux de groupes, permettent aux élèves de développer des compétences spécifiques: qualité d'écoute, empathie, attention à l'autre, renoncement, capacité à débattre et à échanger des points de vue, responsabilisation, autonomie... Ces compétences sont également rassemblées sous le terme d'Intelligence Emotionnelle dont Daniel Goleman a le vulgarisé le concept aux États-Unis à la fin du XXème siècle. Il s'agit de l'ensemble des habiletés permettant à un individu de connaître et maîtriser ses propres émotions d'une part; de reconnaître et de comprendre les émotions des autres d'autres part, pour mieux entrer en relation, mieux vivre et travailler en équipe.


-La coopération en classe pour mieux "s'adapter" aux nouveaux jeunes

Cette affirmation fait débat. Est-ce à l'enseignant de s'adapter ou à l'élève de faire preuve de plus de concentration et de persévérance à écouter les cours magistraux? S'adapter aux élèves ne constitue-t-il pas un signe d'un manque d'autorité de l'enseignant?
En pédagogie coopérative, vous l'aurez compris, l'enseignant change de posture et assume le fait de mettre en œuvre des situations actives dans le but de permettre à ses élèves de prendre plaisir à apprendre et de s'impliquer. L'autorité ne doit pas pour autant être remise en cause.

Nous retrouvons ici le concept de Flow venu des États-Unis:
"Il s’agit d’un état d’épanouissement lié à une profonde implication et au sentiment d’absorption que les personnes ressentent lorsqu’elles sont confrontées à des tâches dont les exigences sont élevées et qu’elles perçoivent que leurs compétences leur permettent de relever ces défis. Le flow est décrit comme une expérience optimale au cours de laquelle les personnes sont profondément motivées à persister dans leurs activités. De nombreux travaux scientifiques mettent en évidence que le flow a d’importantes répercussions sur l’évolution de soi, en contribuant à la fois au bien-être et au bon fonctionnement personnel dans la vie quotidienne"
(EFRN, 2014, traduction Heutte, 2017a, p170).

L'enseignant agit ainsi sur la motivation et l'engagement de ses élèves. En variant les situations et en rythmant les cours, il agit également sur leur attention et leur capacité à écouter attentivement durant les temps de transmissions plus traditionnels.

Comme l'expliquerait merveilleusement Jean-Charles Cailliez (vice-président innovation à l'Université de Lille, classe renversée, Hémisp4aire), les situations d'interactions permettent aussi d'une certaine manière de renforcer l'intérêt de certains élèves pour les cours plus magistraux qu'ils pouvaient juger ennuyeux mais qui deviennent des temps de calme et de ressourcement en complément des temps collaboratifs.

Mettre en œuvre la coopération en classe ne veut pas dire que l'enseignant ne gère pas son groupe. Il doit expliciter les règles, définir un cadre, des limites à ne pas dépasser et des objectifs de production et d'apprentissages exigeants. Sans ces contraintes et cette organisation, la coopération ne peut être efficace et peut nuire aux apprentissages.

-La coopération en classe est une modalité de la pédagogie de projet

Tout projet comporte une mise en œuvre coopérative. Chaque groupe s'investit dans un projet personnalisé dont l'objectif de production finale est commun. En coopération, les élèves mettent alors en œuvre des savoirs et compétences complexes qu'ils auraient difficilement mobilisés seuls.

La pédagogie de projet implique la coopération entre enseignants qui doivent travailler en interdisciplinarité afin de permettre aux élèves d'appréhender la complexité du monde (Voir le magnifique ouvrage de Edgar Morin Enseigner à vivre et les propos de François Taddéi présentés plus bas).

Tout projet implique l'équipe dans la création d'une production originale et inédite. Ainsi convient-il plutôt de proposer la constitution de groupes hétérogènes. En effet, plus le groupe est hétérogène et plus les idées seront susceptibles d'être variées et créatives. L'important est toutefois, en pédagogie coopérative, de varier les modalités de constitution des groupes. Il peut donc être pertinent d'opter aussi pour la formation des groupes par centres d'intérêts ou objectifs communs. Si vous souhaitez approfondir ce point, vous pouvez aiguiser votre curiosité en lisant cette page!




2- Du côté des enseignants...

L'enseignant proposera la coopération au sein de sa classe d'autant plus facilement et naturellement qu'il a lui-même plaisir à coopérer avec ses collègues. Nous enseignons avec ce que nous sommes et il peut être très difficile de pratiquer une pédagogie coopérative si notre besoin est de voir notre groupe-classe silencieux et calme. La pédagogie coopérative implique un certain lâcher-prise, une prise de conscience que ce n'est pas parce-que les élèves parlent et échangent en souriant qu'ils ne travaillent pas. Le cadre clairement explicité sera le garant d'un climat de travail serein durant ces temps d'échanges. Une fois ce cadre défini, assumé par l'enseignant et respecté par les élèves, la pédagogie coopérative peut s'installer de manière progressive et efficace dans la classe.


-La coopération en classe permet à l'enseignant de se centrer sur les apprentissages de ses élèves

Donner aux élèves des temps de travail collaboratif donne au professeur la possibilité d'observer ses élèves. Il peut ainsi mieux repérer leurs difficultés et leurs progrès, il peut les évaluer en situation réelle d'activité. En alternant ses postures et en passant de transmetteur à facilitateur/organisateur/personne ressource, il gagne en bien-être et se donne la possibilité d'accompagner certains élèves en difficultés de manière plus individualisée. Cette nouvelle posture apporte également au professeur la satisfaction de vivre une relation nouvelle avec ses élèves, plus proche de leurs préoccupations et plus à l'écoute de chacun.

Mettre en œuvre des temps de coopération ne veut pas dire "faire en plus" mais "faire autrement"; permettre aux apprentissages et aux tâches complexes de se vivre en classe car durant ces moments l'élève a potentiellement le plus besoin de son professeur; placer les temps de mémorisation, d'entraînement et  d'automatisation en dehors de la classe.


-La coopération permet de différencier et de prendre en compte l'hétérogénéité des élèves

L'hétérogénéité des groupes classes est grandissante en collège comme au lycée. Intégrer des méthodes de pédagogie coopérative en classe est un levier pour permettre à l'enseignant de mieux gérer ces différences. Différencier n'est pas individualiser. Différencier c'est mettre en œuvre un dispositif permettant aux élèves d'apprendre en utilisant le chemin qui lui convient le mieux. C'est par exemple proposer des situations d'entrainement incluant deux ou trois niveaux différents. Les élèves peuvent choisir leur activité en fonction de leur besoin (ce choix impactant leur motivation) ou l'enseignant oriente lui-même ses élèves. L'intérêt est ici de proposer aux élèves les plus rapides d'aller plus loin et de donner un temps aux élèves qui n'ont pas encore compris une notion, de le faire en s'entraidant ou avec l'aide de l'enseignant. Cette stratégie laisse la place au cours magistral pour un apport de début de séquence si besoin, mais il n'est pas indispensable. En effet, dans le cas de certains dispositifs collaboratifs, les élèves recherchent et construisent leurs apprentissages avant l'apport du professeur. Ce dernier reste toujours LA personne ressource, il devient aussi guide, facilitateur, organisateur.

Céline Buchs, maître d'enseignement et de recherche dans le domaine "processus cognitifs et interactions sociales" à l'Université de Genève, explique, dans sa conférence sur la différenciation pédagogique, les apports de la coopération dans le domaine et les éléments à prendre ne compte pour mettre en œuvre une pédagogie coopérative efficace.

Pour aller plus loin, n'hésitez pas à parcourir les articles suivants. Vous y trouverez des pistes à explorer pour développer la coopération en classe:
-Coopération et travail de groupes
-Cinq clés pour développer l'intelligence émotionnelle au collège et au lycée
-Débuter la coopération au lycée. Pourquoi? Comment?
-Ma classe flexible: OUI, mais pas mobile !

-Inscrire son enseignement dans un parcours d'élève

S'il y avait un argument à retenir, ne serait-ce pas celui-ci? Il nous perturbe peut-être mais nous oblige surtout à prendre de la hauteur...à sortir du collège...à sortir du lycée...à ne plus voir le Bac comme un achèvement mais comme une étape...à aller voir ce qui se passe après.  

Source: am-designthinking.blog
Comment les élèves se "débrouillent-ils" seuls à la fac? Comment s'intègrent-ils dans les écoles? Le lycée les aura-t-il préparés à se responsabiliser et à faire preuve d'autonomie, à se montrer astucieux, inventifs, à accepter les autres quelle que soit leur personnalité? à ne pas se faire piéger par des informations trompeuses et à faire preuve d'esprit critique? à surmonter des difficultés? à faire preuve d'adaptabilité?

Ces compétences, indispensables pour évoluer dans le monde actuel complexe et incertain, sont donc à développer à l'école, au collège, au lycée et tout au long de la vie. Le lycée se place aujourd'hui dans un parcours Bac-3ans/Bac +3ans qui implique une certaine évolution de ses visées. Développer la coopération apparaît donc bien comme un levier pour agir au quotidien et contribuer à développer chez les jeunes cette intelligence émotionnelle qui leur permettra de surmonter les épreuves, de s'adapter et de s'épanouir.


En guise de conclusion, je ne peux m'empêcher de partager la vidéo qui suit dans laquelle François Taddéi nous partage son point de vue et toute l'importance qu'il donne à l'interdisciplinarité, le collectif et l'apprentissage tout au long de la vie. Vous y trouverez le sens de cette fable indienne de l'éléphant et les six aveugles, magnifique illustration de l'intelligence collective.



Pour en savoir plus, voici quelques articles, vidéos et ouvrages passionnants:
-"L'environnement optimal d'apprentissage: contribution de la recherche empirique sur les déterminants psychologiques de l'expérience positive subjective aux sciences de l'éducation et de la formation pour adultes" un article de Jean Heutte au sujet de la théorie de Flow de Mihaly Csikszentmihalyi -"L'intelligence émotionnelle" de Daniel Goleman aux édition J'ai lu
-"Apprendre au XXIème siècle, le pari de l'intelligence collective" article de The Conversation
-"Apprendre ua XXIème siècle", de François Taddéi, aux éditions Calmann Levy
-"Enseigner à Vivre" de Edgar Morin
 -"Enseigner sans exclure, la pédagogie du Colibri" de Sylvain Connac aux éditions ESF
-"Osez la pédagogie coopérative au collège et au lycée" aux édition ESF
-Les travaux de Céline Buchs du CNESCO  vidéo-conférences et articles
-Un article sur "Les quatre piliers de l'apprentissage" de Stanislas Dehaene










dimanche 18 mars 2018

Débuter la coopération au lycée. Pourquoi? Comment?


Pourquoi?


La pédagogie coopérative se développe à tous les niveaux d'enseignement. Ceci pour de nombreuses raisons:

- La coopération est un moyen de créer le conflit cognitif nécessaire à tout apprentissage.
-C'est un support de développement des compétences relationnelles indispensables au futur citoyen.
-Elle permet le développement de l'intelligence émotionnelle nécessaire au bien-être et à l'épanouissement.
-Proposer des situations de groupes permet de différencier au sein d'une classe hétérogène.
-La coopération motive. Elle donne du sens à travers des activités plus complexes et dont l'enjeu stimule l'envie, le goût du défi, le plaisir de chercher, de réfléchir.
-Elle fait vivre l'entraide en classe et reconnaît la maturité réflexive des élèves.
-Coopérer en classe répond au besoin d'appartenance des jeunes. La coopération est le fondement anthropologique de l'existence humaine.
-C'est un levier pour "apprendre à apprendre" grâce aux autres.
-C'est un levier pour aller à l'encontre des individualismes et des certitudes.

S'il vous reste encore quelques doutes, je ne saurais trop vous conseiller de lire cet article qui tente de croiser les apports de la recherche avec ceux du terrain tout en évaluant l'intérêt à coopérer du point de vue de l'enseignant et des élèves:
-Coopérer au collège et au lycée, quel intérêt?




Comment?

Si chacun s'accorde à trouver ces quelques intérêts à coopérer en classe, la question du COMMENT reste très présente. Comment obtenir un climat de classe propice à la coopération entre des jeunes parfois trop tournés vers eux-mêmes et leur propre réussite ou échec? Comment gérer les quelques élèves perturbateurs incapables de se mettre au travail sans le contrôle rapproché du professeur? Comment permettre à l'élève mis à l'écart de s'impliquer au sein d'un groupe?

Toutes ces questions sont légitimes et méritent d'être posées et prises en compte. Cet article tente d'y répondre en vous donnant quelques pistes concrètes.


Comment obtenir un climat de classe propice à la coopération entre des jeunes parfois trop tournés vers eux-mêmes et leur propre réussite ou échec? 

Pour cela, il vous faudra du temps. Que nous enseignions à l'école, au collège, au lycée ou à l'université, le climat serein de nos classes ne se décrète, il le devient. Nous pouvons dire que cette problématique est d'ordre systémique, c'est à dire qu'elle est le résultat de multiples facteurs interagissant au cœur d'un système complexe. Le climat serein ne s'obtient pas, seulement, grâce à la posture ferme et bienveillante de l'enseignant. Il ne s'obtient pas, seulement, grâce à la configuration de la classe. Il ne s'obtient pas, seulement, grâce au profil des élèves... Le climat est l'affaire de tous et des éléments matériels et organisationnels mis en œuvre. L'idée est donc bien de prendre conscience de ces facteurs afin de tenter d'agir sur ces derniers.
Je précise les sept leviers fondamentaux dans l'article "Climat de classe".

En ce qui concerne le lycée et les publics d'adolescents, la sécurité affective nous apparaît comme étant un élément à considérer prioritairement. En effet, le jeune a besoin de se sécuriser pour se responsabiliser ensuite. Il demande un cadre dans lequel il pourra évoluer, apprendre seul et avec les autres. Il est donc fondamental d'expliciter clairement votre propre conception du cadre de votre classe. Il peut varier de celui de vos collègues, mais ne doit pas varier au sein de vos cours. Posons-nous donc la question de nos limites, de notre seuil d'acceptation du niveau sonore, des mouvements dans la classe, des modalités de travail en coopération, du niveau d'exigence des productions attendues... Tous ces éléments doivent être clairement présentés aux élèves afin qu'ils soient conscients des limites à ne pas dépasser. 

 Il existe parfois des "non classes", des groupes d'élèves séparés en "clans". Autoriser l'entraide est une piste efficace pour améliorer le climat au sein de nos classes parfois difficiles. Par exemple, il est intéressant de donner la possibilité aux élèves qui ont terminé un travail de corriger le travail de leurs camarades ou d'en aider d'autres. Ce dispositif d'aide et de tutorat vous permet également de vous libérer pour accompagner les apprentissages des élèves qui en ont le plus besoin. Il constitue une alternative à la correction collective parfois source d'ennui et de rêverie pour les élèves. 

Pour que l'entraide se passe dans les meilleures conditions, là encore, il s'agit de se mettre d'accord au préalable sur les conditions de sa mise en œuvre: qui est autorisé à se lever pour aider? Peut-on parler calmement ou chuchoter? Que doit faire celui qui aide? Que doit faire celui qui est aidé? Quel niveau sonore sera acceptable pour vous-même et pour la classe? Quel outil de gestion du niveau sonore utiliser?

Le tutorat s'apprend. Sylvain Connac, pédagogue et maître de conférence, affirme l'importance d'une formation du tuteur afin de clarifier avec les élèves les conditions d'un tel dispositif.

Voici une petite vidéo plutôt originale pour expliquer les choses aux collégiens (Vidéo de Nicolas Vos).
 Un exemple de brevet de tuteur au lycée, par S. Connac:


Voici quelques outils numériques bien utiles:
-Classroomscreen. Grâce à cette application, vous pouvez donner des consignes visuelles à votre classe telles que le temps de travail, la modalité (seul, en groupe, en chuchotant...), le niveau sonore,...  Si vous utilisez les smartphones ou des tablettes, vous pouvez projeter un lien vers le site de votre choix grâce à un générateur de QR-codes.
-Too Noisy on line. Un support très visuel et, je vous l'accorde, un peu simpliste et enfantin pour des ados, qui vous permet de suivre visuellement le niveau sonore acceptable ou non durant les activités collaboratives.
-Un logiciel de tirage au sort pour former vos groupes hétérogènes rapidement.

Ces règles contribuent à développer l'autonomie des élèves et donc leur capacité à se responsabiliser dans la construction de leurs apprentissages. En effet, selon le sociologue français Bernard Lahire, l'autonomie se décline en deux éléments: l'autonomie politique et l'autonomie cognitive. La dernière est la liberté de chercher, de réfléchir, de s'informer et d'expérimenter. L'autonomie politique, quant à elle, représente le cadre  mis en œuvre par les élèves et validé par l'enseignant. L'autonomie ne peut donc se concevoir sans un cadre.


Comment gérer les élèves perturbateurs incapables de se mettre au travail sans le contrôle rapproché du professeur?Comment permettre à l'élève mis à l'écart de s'impliquer au sein d'un groupe?

Ces élèves ont plus que les autres besoin d'un cadre clair défini au sein de votre classe. Aucune impasse ne peut être faite aux règles de la classe. Cependant, pour ces élèves particuliers, ces règles ne suffisent pas.

Si vous avez dors et déjà pris en compte les sept leviers de Rosée Morissette pour améliorer le climat de votre classe, plusieurs pistes restent encore à explorer:

  • Valoriser les comportements coopératifs et évaluer le travail de groupe,
Evaluer l'efficacité du travail de groupe permet aux élèves d'opérer une réflexion quant à leur réelle efficacité à travailler en coopération. L'idée est de leur proposer une autoévaluation réitérée avec le même groupe de camarades. Ce groupe pourra ainsi observer ses progrès et se responsabiliser dans le projet de s'améliorer.
Cette évaluation peut se rédiger selon trois axes de réflexion:
-L'équipe est-elle satisfaite de son mode de fonctionnement?
-La production réalisée est-elle de qualité?
-Les membres de l'équipe ont-ils appris en réalisant cette activité coopérative?
S'agissant d'une activité de groupe, il est préférable de se focaliser sur l'évaluation du "NOUS" et d'encourager les autorégulations si nécessaire. Inviter le groupe à se retrouver pour une prochaine activité et à mieux s'organiser de manière à ce que chacun s'implique amènera les élèves à échanger sur les éventuels dysfonctionnements et à trouver par eux-mêmes les solutions appropriées.

Voici un exemple de fiche d'autoévaluation à télécharger ici:
https://drive.google.com/open?id=19KndugV3YdL-ir7sMQKAh9NzyknJKVko

https://drive.google.com/open?id=14USYGx-cVLU-cat_7vq1u0cseOAecgTw



  •  Autoriser le refus de coopérer
 La confrontation aux autres peut s'avérer trop difficile pour certains jeunes. Leur besoin de sécurité se trouve alors mis à mal et les empêche d'entrer en collaboration avec les autres. Ne voyons pas alors ce refus de coopérer comme un échec. Il doit être envisagé, dans certains cas, de proposer la réalisation individuelle de la tâche. L'élève ainsi entendu dans sa difficulté, fera de son mieux pour réaliser une production de qualité et perturbera moins le reste de la classe. Ce choix de modalité pédagogique adaptée doit être accompagné d'une explicitation de l'objectif, toujours présent, de travailler en groupe afin que l'élève comprenne bien que ce travail individuel ne doit pas être un fin en soit et qu'il devra se confronter aux autres à l'avenir.

Afin de l'aider au mieux à affronter cette nouvelle étape, il est alors conseillé de privilégier un travail en binôme dans un premier temps. L'élève aura ainsi l'occasion de vivre une situation de coopération réussie et gagnera en confiance pour s'impliquer ensuite dans de plus grands groupes.

Dans l'intérêt de tous les élèves, il sera préférable de varier le plus souvent possible les modalités de regroupements en fonction de votre objectif pédagogique:
-par affinités en laissant les élèves choisir au moins un camarade du groupe (pour faciliter l'implication des plus discrets et individualistes, pour développer la créativité),
-au hasard, par tirage au sort (pour éviter les jugements et jouer la carte de la justice du hasard)
-en fonction des besoins (pour proposer des activités de niveaux différents)



  • Motiver vos élèves en agissant sur leur motivation intrinsèque et extrinsèque (article à venir)




Ressources:
-Dossier des cahiers pédagogiques n°449: L'éducation à l'autonomie
-Les Cahiers pédagogiques n°505: Mieux apprendre par la coopération
-Sylvain Connac; Construire la fraternité en classe
-Rosée Morissette, Micheline Voynaud: Accompagner la construction des savoirs, éditions Chenelière